Je suis professeur.e des écoles

Je suis professeur.e des écoles


Avant la canicule : préparer le terrain
Sensibiliser les familles
  • Demander aux parents de fournir une gourde (isotherme si possible), une casquette et de la crème solaire - ou demander à la direction d'envoyer ce message à toutes les familles.
  • Demander à la direction un stock de gobelets en carton, pour que les élèves sans gourde puissent boire aux points d'eau.
Aménager l'espace classe
  • Rayonnement direct : éloigner les tables des fenêtres, pour qu'aucun élève ne reçoive le soleil directement.
  • Éteindre tous les appareils électriques non indispensables (vidéoprojecteur, ordinateurs, vieux néons), qui agissent comme des radiateurs d'appoint.
Repérer les zones de repli
  • Identifier à l'avance les pièces les plus fraîches de l'école, pour pouvoir y déplacer les élèves si la salle de classe devient invivable.

Gérer le quotidien (pendant la journée de classe)
Gestion thermique : en adaptant la méthode au bâtiment
  • Ouvrir les fenêtres en grand dès votre arrivée si vous êtes présent·e tôt (dès 7h30/8h).
  • Fermer impérativement dès que la température extérieure dépasse celle de l'intérieur (souvent dès 9h).
  • Fermer stores et volets (si la pièce en est équipée) pendant tous les moments où le soleil tape directement sur votre salle.
  • Si l'école n'a pas de volets extérieurs et si le bâtiment le permet : scotcher des couvertures de survie (face argentée vers l'extérieur) sur la partie extérieure des vitres exposées, pour renvoyer les rayons solaires.
  • Si l'école dispose de ventilateurs : placer une bouteille d'eau congelée ou un seau de glaçons juste devant le flux du ventilateur pour diffuser de l'air frais.
  • Si l'école est moderne / éco-conçue : ne pas ouvrir les fenêtres. L'ouverture des ouvrants perturbe le fonctionnement des systèmes automatisés - laisser les stores motorisés et la ventilation double-flux réguler la température de manière autonome.
Hydratation et rafraîchissement
  • Organiser un rappel collectif toutes les heures pour inciter chaque élève à boire.
  • Pour les enfants n'ayant pas de gourde ou devant la remplir, planifier des passages groupés aux points d'eau de l'école, afin qu'ils s'hydratent et en profitent pour s'humidifier le visage, la nuque et les avant-bras.
Récréation et activités
  • Si la cour est 100 % bitume et sans ombre : privilégier une récréation à l'intérieur, dans une zone fraîche ou sous un préau ventilé, avec des activités calmes (jeux de société, dessin, lecture).
  • Évaluer l'opportunité d'une « classe dehors » : si l'école dispose d'une cour végétalisée, ne vous y installez que si un thermomètre extérieur confirme que la température y est réellement inférieure à celle de votre classe. Si c'est le cas, profitez de l'ombre des arbres pour des activités calmes, en restant vigilant·e au moindre signe d'inconfort des élèves.
  • Alléger le rythme : annuler les séances d'EPS intenses et adapter les exigences pédagogiques.

Agir sur le long terme : créer un rapport de force
Le formalisme administratif (laisser des traces juridiques)
  • Remplir systématiquement le Registre Santé et Sécurité au Travail (RSST) : c'est l'outil légal principal. Selon les académies et les écoles, ce registre existe en version dématérialisée (via Éduline ou ARENA) ou encore sous forme papier ; dans tous les cas, tout enseignant, AESH ou parent d'élève peut y consigner un fait. Exemple : « Le [date] à [heure], la température en classe a atteint 32°C. Plusieurs élèves ont présenté des maux de tête et de l'apathie. Les conditions de sécurité et de travail ne sont plus garanties. » La direction et l'IEN sont automatiquement informés du dépôt.
  • Le relevé systématique : noter quotidiennement les températures à 8h, 11h et 14h, prendre des photos. Ce relevé objectif peut servir de base de preuves pour appuyer des demandes.
  • Ce que dit la loi depuis 2025 : un décret entré en application en 2025 impose désormais à l'employeur (donc à l'État et aux collectivités pour les écoles) de maintenir une « température adaptée » dans les locaux de travail, et de réduire les risques d'exposition à la chaleur dès la vigilance jaune canicule - notamment via l'adaptation de l'organisation et des horaires. L'INRS, de son côté, indique qu'au-delà de 30°C pour une activité de bureau (et 28°C pour un travail physique), la chaleur peut constituer un risque pour la santé.
Le droit de retrait, en dernier recours : si la situation présente un danger grave et imminent (fortes chaleurs incluses), le décret n°82-453 du 28 mai 1982 (articles 5-5 à 5-10) permet d'exercer son droit de retrait.
Concrètement : mettre d'abord les élèves en sécurité dans la zone la plus fraîche disponible (hall, préau ombragé, salle refuge), notifier immédiatement la direction, puis consigner l'alerte dans le registre de signalement d'un danger grave et imminent (RDGI). C'est un outil de dernier recours, à mobiliser après une alerte RSST restée sans réponse, plutôt qu'un premier réflexe.

L'action collective institutionnelle
  • Le Conseil d'École extraordinaire : le Code de l'éducation (article D411-2) prévoit que le conseil d'école peut être réuni en séance extraordinaire si la moitié au moins de ses membres en fait la demande. En s'alliant, l'équipe enseignante et les représentants des parents d'élèves peuvent ainsi imposer la tenue d'un conseil dédié aux conditions d'hygiène et de sécurité liées à la chaleur.
  • Le vote d'un « vœu » officiel : en fin de conseil, l'équipe peut proposer le vote d'un vœu commun (enseignants et parents) exigeant de la municipalité un plan de travaux (stores, isolation, végétalisation). Ce vœu est obligatoirement inscrit au procès-verbal officiel, transmis au maire et à l'inspecteur.
  • Saisir les instances paritaires (syndicats) : alerter les représentants syndicaux départementaux. Ils siègent face au directeur académique (DASEN) au sein des instances officielles - le CSA-D (Comité Social d'Administration Départemental) et sa formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail (la F3SCT) - et peuvent exiger des réponses institutionnelles sur la situation de l'école. Envoyer une copie du RSST à la DSDEN et au rectorat, en mettant en copie la F3SCT, renforce la traçabilité de l'alerte.